27 septembre 2008

Johnny, t'es coupé. La culture, t'es coupée.

Par Simarde

Il y a récemment eu des coupes dans la culture. Je dois m'avouer déçu. J'espérais tellement que ces coupures soient accompagnées d'une hausse vertigineuse de taxes et de crédits d'impôt (comme dans "Vous avez un crédit à rembourser à l'impôt" et "taxes à la culture"). C'est bien à entendre ces artistes se plaindre que l'on réalise qu'ils sont ce qu'ils sont, c'est-à-dire, des artistes, et non des intellectuels.

Leur discours serait-il inhérement stupide? Le contre-discours des artistes gravite habituellement contre la richesse, contre l'argent, mais ce sont ces mêmes artistes qui quêtent l'argent du public qu'il critique.

Les artistes avancent que les subventions de la culture permettent à l'État de récolter plus d'argent qu'il n'en investi, de récolter les profits de ces investissements. Pourtant, Monique Jérôme-Forget a déclaré que Québec ne compenserait pas les coupes d'Ottawa parce que "la situation financière n'est pas la même [...]. Au Québec, on a de la difficulté à boucler le budget, la santé, l'éducation... Québec fait son effort. "

Si investir en culture était effectivement un moyen efficace de rapporter de l'argent à l'État (et donc d'aider à boucler le budget, etc.), comme le prétendent les artistes, comment ça se fait que le gouvernement investi pas là-dedans donc? Peut-être parce que les statistiques (du Conference Board) que les artistes brandissent sont bidons. Bien sûr, le gouvernement, qui a à sa disposition des fiscalistes, des économistes, des analystes financiers et des comptables ne saurait pas différencier ce qui rapporte financièrement de ce qui ne rapporte pas. Imbéciles.

Si les artistes étaient des robinets, on pourrait se représenter l'eau qui coule en 24 heures comme des préjugés.

"Les gens qui votent pour Harper sont des incultes, et ainsi sont ceux qui approuvent les coupes dans la culture." -Chômeur moyen (lire artiste)

D'accord, je veux bien. Mais je serais maudit d'y consentir sans regarder les chiffres :

Les Albertains, qui ont votés en majorité Conservateur et qui sont donc incultes, dépensent étrangement plus en culture que les Québécois Ô tellement culturés. Diantre. Si l'enfer existait, je ne m'opposerais pas à y envoyer ces pompeux artistes.

Et là les artistes crient à la censure. Ces fameuses coupures représenteraient une forme de censure. Parce qu'évidemment, les subventions à la culture sont un droit à priori , et non un privilège. Mais justement, c'est avec ces subventions que s'installe un système de critères, et un processus de choix (qui ne sera jamais neutre, faites avec). Bien sûr, le fait que les artistes doivent respecter certains critères pour recevoir des subventions n'est pas de la censure, et il n'arrive à aucun artiste de s'autocensurer pour faire plaisir aux fonctionnaires. Non. Jamais.

Sans les subventions, ce sont les artistes dont la qualité de l'oeuvre est perceptible par le publique qui vont réussir, pas des artistes au publique imaginaire qui vont survivre artificiellement jusqu'à ce qu'on tire la plug. C'est justement sans les subventions qu'il risque d'y avoir le moins de censure. Chacun va être libre de s'exprimer comme bon lui semble, sans avoir de fonctionnaires qui jugent le contenu de l'oeuvre. Dieu que vous êtes imbéciles, j'en reviens à peine. Les artistes vraiment libres sont ceux qui sont financièrement indépendants, ou à tous le moins, subventionnés indépendamment. Ce qui m'amène à mon prochain point.

Jean Leloup, dont je déteste la musique, est récemment passé du deuxième sous-sol à l'antenne cellulaire de mon estime. Pour résumer sa pensée, il méprise les subventions, puisque, quand tu paies de plein gré pour aller voir un spectacle, c'est toi qui l'a choisi, et non l'État qui t'le criss dans' bouche à la petite cuillère, résultant en une foule de gens réunis pour se faire divertir par l'artiste qui devrait répéter ses hits comme une télé.

Les artistes qui réussissent sont ceux qui ont du talent. Bien sûr on peut se costumer en logique fallacieuse en donnant des exemples d'artistes qui ont réussi et qui ont eu des subventions, en induisant une relation causale. Mais je ne le répéterai jamais assez les enfants, corrélation n'égale pas causation. Avancer une telle idiotie est insultant pour les vrais artistes talentueux qui réussissent à vendre leur art sans subventions.

Oh, et oui, l'art est une marchandise. Vous ne voulez plus que ça le soit? Produisez-vous pour gratuit, pis arrêtez de vous plaindre pour vos subventions. En attendant, je vais régler régler votre problème :

Définition de Marchandise (de l'OQLF) :
Produit qui fait l'objet d'une transaction commerciale, qui s'achète ou qui se vend.

Qu'est-ce qui se passe avec l'art? Un artiste produit l'oeuvre, et la vend à quelqu'un qui l'achète. Dilemme résolu. Prétendre autrement découle d'Alice au pays des merveilles en dessous d'un arc-en-ciel, avec une robe rose, des collants faits en sucreries, dans une maison de pain d'épices, avec des animaux qui parlent pis des bambins qui mangent des lollipops multicolores.

Bref, puisque les artistes ont sorti tellement d'arguments - qui ont la force d'une personne atteinte d'un cancer généralisé en phase terminale - je me permettrai d'écrire un deuxième article sur le sujet.